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J AFR CHIR DIGEST 2021; VOL 21(1) : 3342 – 3347

ANOPLASTIE DE SARAFOFF DANS LE TRAITEMENT DES STÉNOSES ANALES SECONDAIRES ET DE L’ECTROPION.

SARAFOFF’S ANOPLASTY FOR THE TREATMENT OF SECONDARY ANAL STENOSIS AND ECTROPION.

L JAMES DIDIER 1, H ADAMOU2, O ADAKAL3, K IDE1, Y HAMA1 , MB ABDOULAYE3, S ADAMA1, M GAGARA4 , MS CHAIBOU4, H DADY4 , R SANI1

1. Département de chirurgie et spécialités chirurgicales, Hôpital National de Niamey, Université de Niamey, Faculté des sciences de la santé, Niger. 2. Département de chirurgie et spécialités chirurgicales, Hôpital National de Zinder, Université de Zinder, Faculté des sciences de la santé, Niger. 3. Département de chirurgie, Université de Maradi, Faculté des sciences de la santé, Niger. 4. Service d’anesthésie réanimation, Hôpital National de Niamey, Université de Niamey, Faculté des sciences de la santé, Niger.

Auteur correspondant:
Lassey James Didier, chirurgie générale, Faculté de Sciences de la santé de l’Université Abdou Moumouni de Niamey,
Email: jamesdidier3@gmail.com

 

INTRODUCTION
La sténose anale est une complication rare, souvent secondaire à une chirurgie ou des traumatismes anorectaux [1-3]. Dans plus de 80% des cas, elle est la conséquence d’hémorroïdectomies chirurgicales ou instrumentales [1,2]. La sténose anale peut s’accompagner d’un ectropion muqueux responsable d’une incontinence anale par troubles de perception [1,4]. Plusieurs techniques d’anoplasties ont été décrites pour pallier la sténose et l’ectropion [1-4]. L’anoplastie selon Sarafoff [5], introduite en 1937 comme alternative pour le traitement du prolapsus rectal, est une procédure utilisée pour la correction de la sténose anale et de l’ectropion après hémorroïdectomie de Whitehead [1]. A travers cette étude, nous rapportons notre expérience sur la prise en charge de la sténose anale et de l’ectropion par la technique de Sarafoff.

PATIENTS ET MÉTHODES
Il s’agit d’une collecte rétrospective des données entre 2006 à 2018, soit 13ans. L’hôpital national de Niamey. La population d’étude était les patients, pris en charge au service de Chirurgie A, pour sténose anale associée ou non à l’ectropion anal. Etaient exclues les sténoses tumorales, congénitales et primaires.
Les variables étudiées étaient : l’âge, le sexe, les signes cliniques, la durée de cicatrisation, la durée d’hospitalisation, les complications, la satisfaction des patients. La collecte des données s’est faite à partir des dossiers des patients, des registres des comptes rendus opératoires et des registres d’hospitalisation. L’anonymat des patients ainsi que la confidentialité des informations personnelles ont été respectés pendant l’étude. La classification de Milson et Mazier était utilisée pour évaluer du degré de sténose [6]. En fonction de la sévérité de la sténose et du niveau d’implication du canal anal, la sténose anale est ainsi classée en légère, modérée et sévère :
– Sténose anale légère (SAL) : le rétrécissement est franchissable par une exploration digitale ou avec l’utilisation d’un anuscope de Ferguson de taille moyenne;
– Sténose anale modérée (SAM) : l’exploration digitale est difficile et la sténose ne peut être franchie qu’avec un anuscope Hill-Ferguson de petite taille ;
– Sténose anale sévère (SAS) : est une sténose serrée non franchissable, même en utilisant un anuscope Hill-Ferguson de petite taille [6].
La technique de Sarafoff [5], qui consiste à recréer une zone sensitive dans le canal anal par ascension de la marge anale. La dissection du plan profond est réalisée au bistouri électrique, Figure1.
Les patients sont suivis selon le rythme de 4 à 6 consultations retour à partir de : 1 mois, 2 mois, 3mois, 6 mois, 12 et 24 mois. Les critères d’évaluation de satisfaction étaient jugés bons sur la base des signes cliniques (continence, absence de sténose) et la qualité de vie du patient. Les résultats étaient jugés bons avec la disparition de la constipation, la douleur et l’incontinence.

 

RÉSULTATS
Les femmes représentaient 83 % (n=5) des patients avec un sex-ratio de 0.2. L’âge moyen était de 31,66±9,26 ans (extrêmes variant de 17 ans à 46 ans). Au plan clinique, 83,33% des patients (n=5) avaient un antécédent d’hémorroïdectomie. Le délai écoulé entre l’hémorroïdectomie et l’anoplastie de Sarafoff variait de 4 à 48 mois après l’hémorroïdectomie. La douleur périanale était retrouvée chez tous les patients, la dyschésie et la constipation dans 83,33% des cas. Plus de 66% (n=4) présentaient une association de sténose anale et d’ectropion de la muqueuse anale (Figure 2).

Au plan thérapeutique, les laxatifs étaient utilisés dans cinq (5) cas avant l’intervention de Sarafoff et dans trois (3) cas en postopératoire sur une période d’un mois.
La durée moyenne d’hospitalisation des patients était de 11,5±2,66 jours (extrêmes : 7 à 14 jours). La figure 3 montre l’aspect de l’anus après 10 mois de suivi. La durée de cicatrisation de la plaie opératoire variait de 4 à 8 semaines avec une moyenne de 5,16±1,83 semaines.

Après 12 mois de suivi, l’évolution de l’anoplastie de Sarafoff était marquée par de résultats jugés bons pour 5 patients, avec la disparition de la sténose, la constipation et la douleur. Dans un cas, la patiente présentait une sténose anale légère avec douleur à la défécation. Trois (3) patients étaient perdus de vue à 24 mois de suivi, 2 patients ne présentaient aucune plainte et la 3ème patiente présentait une sténose légère traitée par des laxatifs et la dilatation.

 

DISCUSSION
La sténose anale peut être définie comme un rétrécissement du canal anal due à une baisse d’élasticité liée au remplacement de l’anoderme par une fibrose cicatricielle [1,2,7]. Au cours de la sténose anale, les fonctions anatomiques et physiologiques du canal anal notamment la défécation et la continence sont perturbées [7-9]. Selon l’étiologie, la sténose anale est souvent classée en sténose congénitale, primaire et secondaire [6]. Les causes secondaires des sténoses sont diverses, mais souvent il s’agit des complications de la chirurgie proctologique [10-12]. Dans plus de 90% des cas, il s’agit d’une complication de l’hémorroïdectomie circulaire chez l’adulte [1,5,7]. Dans cette étude, la population est jeune avec un âge moyen de 32 ans. Dans plusieurs séries occidentales, l’âge varie de 30 à 70 ans [1,10,13].
La prédominance féminine constatée dans notre série, concordent les résultats de plusieurs études [1,3,12] . Cependant, Hrora et al [11], et Casadesus et al [14] avait retrouvé respectivement 62,5% et 65,2% des hommes.
Dans cette étude, la majorité des patients (5/6) avaient un antécédent d’hémorroïdectomie et l’ectropion muqueux était associé dans 4 cas. De nombreux auteurs ont précisé qu’une hémorroïdectomie agressive avec excision extensive du tissu anodermique et de la muqueuse rectale hémorroïdaire entraîne le développement d’une sténose progressive du canal anal [1,10]. Pour cette raison, une règle de base de l’hémorroïdectomie est de ne retirer que le tissu anodermique nécessaire, d’éviter la cure en urgence et de laisser des ponts tissulaires entre les paquets hémorroïdaires [1,2,10,14]. Dans notre étude, la durée écoulée entre l’hémorroïdectomie et la réalisation l’anoplastie de Sarafoff varie de 4 à 48 mois. Dans l’étude de Habr-Gama et al [10], la durée varie de 2 mois à 15 ans. La dyschésie, la constipation et la douleur à la défécation, rapportés dans cette étude ont été des signes fréquemment décrits dans la littérature [3,6,11,14].
La prise en charge de la sténose anale vise à réduire ou faire disparaître les symptômes à type de douleur, de constipation et de dyschésie anale [1,6]. De nombreuses techniques chirurgicales ont été décrites et la stratégie thérapeutique dépend du type de sténose et de la gravité des symptômes. Les options thérapeutiques comprennent à la fois des approches conservatrices et chirurgicales. D’une manière générale, la première approche doit être conservatrice et l’indication chirurgicale réservée aux échecs du traitement médical et aux sténoses sévères [5-14]. Dans cette étude, tous nos patients étaient classés au stade de sténose sévère ou modérée. Nous avons opté pour l’anoplastie de Sarafoff [5] qui a permis la reconstruction de la partie sensible du canal anal.
La durée moyenne d’hospitalisation de 11,5 jours dans cette série, est comparable à celle de Faulconer et al [4], qui avait rapporté une durée d’hospitalisation moyenne de 12 jours. Nous avons effectué un suivi régulier postopératoire sur plusieurs mois comme recommandé par beaucoup d’auteurs [1,2,11,14]. L’évaluation des résultats était basée sur l’amélioration des symptômes était jugée bonne dans 5 cas sur 6. Bien que notre étude n’ait pas inclus un nombre important de patients, les faibles taux de récidive et de complications obtenus dans cette étude sont prometteurs pour les procédures futures.

CONCLUSION
La sténose anale associée ou non à un ectropion est une complication rare et grave de l’hémorroïdectomie. La sténose peut être sévère ou modérée, parfois accompagnée des symptômes à type de douleur, constipation, dyschésie voire une incontinence anale. Devant ces cas, l’anoplastie de Sarafoff est une technique simple avec un bon résultat.

 

RÉFÉRENCES

1. Dodi G, Cavallari F, Ventura S, Melega E, Lise M. Sarafoff’s anoplasty for incontincence following Whitehead’s haemorrhoidectomy. Techniques in Coloproctology. 1999; 3(2):63‑6.

2. Asfar S. Anoplasty for post-hemorrhoidectomy low anal stenosis: a new technique. World journal of surgery. 2018; 42(9):3015‑20.

3. Yabanoğlu H. Outcomes of Advancement Flaps Used in the Treatment of Anal Stenosis Developing After Hemorrhoid Surgery: One Center Experience. Turk J Colorectal Dis. 2018;28:125‑8.

4. Faulconer HT, Ferguson JA. Anal S-plasty for “Whitehead deformity”. Diseases of the Colon & Rectum. 1973; 16(5):388‑91.

5. Sarafoff D. Ein einfaches und ungefährliches Verfahren zur operativen Behandlung des Mastdarmvorfalles. Langenbecks Arch Klin Chir. 1937; 190:219‑32.

6. Milsom JW, Mazier WP. Classification and management of postsurgical anal stenosis. Surgery, gynecology & obstetrics. 1986; 163(1):60‑4.

7. Sidani SM, Abbas MA. Anal Conditions: Anal Stenosis and Stricture. In: Steele SR, Maykel JA, Wexner SD, éditeurs. Clinical Decision Making in Colorectal Surgery. Cham: Springer International Publishing; 2020. p. 87‑94.

8. Warsinggih, Dani MI, Kusuma MI, Labeda I, Uwuratuw JA, Faruk M. Repair of anal stenosis using a prolapse and hemorrhoids (PPH) stapler procedure: A case report with excellent results. International Journal of Surgery Open. 2020; 27:43‑6.

9. Brisinda G, Vanella S, Cadeddu F, Marniga G, Mazzeo P, Brandara F, et al. Surgical treatment of anal stenosis. World J Gastroenterol. 2009; 15(16):1921‑8.

10. Habr-Gama A, Sobrado CW, Araújo SEA de, Nahas SC, Birbojm I, Nahas CSR, et al. Surgical treatment of anal stenosis: assessment of 77 anoplasties. Clinics. 2005; 60(1):17‑20.

11. Hrora A, El Alaoui M, Raiss M, Mazaz K, Sabbah F, Al Baroudi S, et al. Les sténoses anales posthémorroïdectomies. Maroc Médical. 2005; 27(1): 38-41.

12. Meurette G, Lehur P-A. [Cirugía de la incontinencia anal del adulto. EMC – Técnicas Quirúrgicas – Aparato Digestivo] 2018; 34(2):1‑16.

13. Chiarelli M, Guttadauro A, Maternini M, Bianco GL, Tagliabue F, Achilli P, et al. The clinical and therapeutic approach to anal stenosis. Ann Ital Chir. 2018; 89:237‑41.

14. Casadesus D, Villasana LE, Diaz H, Chavez M, Sanchez IM, Martinez PP, et al. Treatment of anal stenosis: a 5-year review. ANZ journal of surgery. 2007; 77(7):557‑9.

 

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