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J AFR CHIR DIGEST 2021; VOL 21(1) : 3303 – 3307

CŒLIOCHIRURGIE : ETAT DES LIEUX DANS LE SERVICE DE CHIRURGIE “B“ DU CHU DU POINT “G“

LAPAROSCOPIC SURGERY: STATE OF THE ART IN THE SURGICAL DEPARTMENT “B“ OF THE POINT “G“ TEACHING HOSPITAL

D TRAORÉ1, 2, 6, B BENGALY1, 2, BM DEMBÉLÉ, D OUATTARA1, S DIALLO1, B COULIBALY1, 2, M COULIBALY3, B TOGOLA1,2, S SANOGO1, BA BABOU1, 2, O SIBY1, S KOUMARÉ4, H DICKO2,4, I TRAORÉ1, A KANTÉ1, L DIARRA1, ZZ SANOGO4, N ONGOIBA1, 2, F SISSOKO1, AK KOUMARÉ1,2,5,6

1. Service de chirurgie B, CHU Point G, Bamako, Mali 2. Faculté de médecine de l’USTTB, Bamako, Mali
3. Hôpital Régional de Koutiala 4. Service de chirurgie A, CHU Point G, Bamako, Mali
5. Anesthésie réanimation CHU du Point G 6. Institut Africain de Formation en Pédagogie, Recherche, Évaluation en Sciences de la Santé (IAFPRESS)

Auteur correspondant:
Drissa Traoré, service de chirurgie B, CHU du Point G, Bamako/Mali, BP : 333, tel : 00223 65916545,
Email : traored2003@yahoo.fr ou idriss3@yahoo.fr

 

INTRODUCTION
La cœlioscopie est l’examen visuel direct de la cavité abdominale, préalablement distendue par un pneumopéritoine, au moyen d’un endoscope introduit à travers la paroi abdominale (laparoscopie, Péritonéoscopie) ou à travers le cul de sac de Douglas (cœlioscopie trans-vaginale) [1]. La cœliochirurgie est une technique chirurgicale permettant d’intervenir sous le contrôle d’un endoscope introduit dans la cavité abdominale préalablement distendue par un pneumopéritoine artificiel [1].
La cœlioscopie a débuté en 1940 avec Raoul Palmer [2], née et développée dans un premier temps en gynécologie et s’est étendue à d’autres spécialités. En 1983, Karl SEMM effectuait la première appendicectomie [3]. En 1987, Philippe MOURRET [4] réalisait avec succès la première cholécystectomie cœlioscopique. En pleine expansion dans les pays du nord depuis une trentaine d’année, cette nouvelle technologie est en plein transfert dans les pays en développement. Introduite en mars 2001 dans le service de chirurgie A de l’Hôpital du Point G de Bamako [5], la pratique a été étendue à deux autres services dont chirurgie B et gynécologie. Le but de cette étude était de faire l’état de lieu de cette technique dans notre service à travers ses indications et ses résultats.

PATIENTS ET METHODES
Il s’agissait d’une étude transversale descriptive sur une période de 6ans prenant en compte de façon exhaustive tous les patients opérés par coelioscopie dans le service de chirurgie B du CHU du point G entre 2013 et 2019.
« L’open laparoscopy » a été la voie d’abord privilégiée pour la création du pneumopéritoine.
Une grille a servi à recueillir les données en exploitant les dossiers des malades opérés, les registres d’hospitalisation, les registres consignant les comptes rendus opératoires, les dossiers de consultation d’anesthésie, les fiches d’anesthésie. Les données sur les aspects sociodémographiques, cliniques, para cliniques, thérapeutiques et évolutives ont été collectées.
La saisie et l’analyse des données ont été faites sur logiciel SPSS 11.0.
Le test statistique utilisé pour la comparaison des données a été le fischer. Le seuil de signification était fixé à <0,05.

RESULTATS
Au total 46 malades ont été recensés. La majorité des patients ont été recrutés en consultation externe (87%). Le recrutement en urgence a concerné 6 malades soit 13%. La moyenne d’âge des patients était de 34 ± 12,7 ans avec des extrêmes de 16 et 72 ans. La tranche d’âge dominante était celle de 21 à 40 ans. Le sex-ratio était de 0,35 (12 hommes sur 34 femmes). Le nombre annuel fluctuait entre 2 et 18 (fig1). Des antécédents chirurgicaux de laparotomie étaient relevés chez 4 malades soit 8,7%. Les patients étaient de classe ASAI dans 91,3% (n=42).
Les indications de la cœliochirurgie (voir tableau I) étaient dominées par la cholécystite lithiasique dans 69,6% (n = 32), l’appendicite aigue dans 13% (n = 6). Les procédures ou gestes opératoires de cœlio-chirurgie les plus réalisées ont été la cholécystectomie et l’appendicectomie (tableau I). La chirurgie cancérologique a été introduite dans notre pratique à partir de 2016 avec 4 cas d’hemicolecctomie droite (fig2 et 3) Globalement, la durée moyenne était 75,6mn avec des extrêmes de 48mn et de 165 mn. La plus petite durée opératoire a été enregistrée lors d’une appendicectomie et la plus longue durée opératoire a été enregistrée lors d’une hémicolectomie (tableau2). Les accidents per opératoires ont été une lésion vasculaire au cours de la cholécystectomie et une lésion duodénale au cours de l’hémicolectomie droite. La conversion en chirurgie conventionnelle a concerné 4% (n = 2) des malades dont les causes ont été un défaut d’étanchéité de la bouteille de CO2 (1 cas) et des adhérences (1 cas).
Les suites opératoires ont été simples dans 96% (44/46). Aucun cas de décès n’a été enregistré, la morbidité était de 4% (2/46). La classification des complications chirurgicales selon Clavien était de Grade I soit 1 cas de douleurs scapulaires droites ; et de Grade IIIb soit un cas de péritonite par perforation duodénale dont le diagnostic a été posé 4 jours en post opératoire, le patient a été réopéré et les suites ont été simples.
La durée moyenne du séjour hospitalier était de 2,9 jours avec des extrêmes de 3jours et de 18 jours.

DISCUSSION
La cœliochirurgie a représenté 2,4% (46/1910) des activités chirurgicales dans le service durant la période d’étude. Ce taux est inférieur à celui de DjANhAN LE [6] en Côte d’Ivoire qui a rapporté une fréquence de 21% (45/214). Cette différence s’expliquerait par le nombre réduit de chirurgien qualifié en cœlio-chirurgie dans le service. Il existait un seul chirurgien qui a été absent pendant trois ans.
Les malades programmés représentaient 87% de l’activité de chirurgie coelioscopique. La faible proportion (13%) des urgences s’explique par l’insuffisance d’agents qualifiés.
L’âge moyen des malades était de 34,01 ans avec un écart type de 12,16 ans. Ce sont des malades jeunes comme rapporté par Willy A [7]. Le sex-ratio largement en faveur des femmes s’explique par le nombre élevé de lithiase vésiculaire fréquente chez la femme.
Tous les malades ont été opérés sous anesthésie générale avec intubation et curarisation. C’est la méthode de référence dans toutes les séries [8]. La majorité des malades (73, 2%) étaient de classe ASA I. Un patient de 72 ans était de classe ASA III. La pathologie digestive la plus représentée était la lithiase vésiculaire avec 69,6% soit 32 cas ; suivait l’appendicite qui a occupé 13% soit 6 cas. L’appendicectomie est encore timide dans notre pratique. Ceci s’explique par le fait que nous sommes encore en apprentissage. Le début de la mise en place de la chirurgie coelioscopique est difficile [9].
La durée moyenne de l’intervention était de 75,6 minutes et celle du séjour hospitalier 2,9 jours. ]. Les durées d’intervention de l’incision à la fermeture des orifices de trocarts sont proches de celles de certains auteurs en début d’expérience de cœliochirurgie [10], mais restent à améliorer avec les automatismes et l’expérience de l’équipe. Les grandes séries [11] montrent que la durée moyenne de l’intervention se situe entre 20 et 30 min. Les durées de séjour passent de 4,8 jours à 1 à 2 jours.
L’hémicolectomie droite laparoscopique a représenté 8,7% de l’activité cœliochirurgicale soit 4 cas(fig…). Dans notre série, la libération colique et les ligatures vasculaires sont réalisées in situ par cœlioscopie. L’intervention est donc une colectomie droite « cœlio-assistée »
Il y avait 3 cas d’adénocarcinome Lieberkuhnien de l’angle colique droit et un cas d’adénocarcinome Lieberkuhnien du cæcum. La durée opératoire moyenne pour l’hemicolectomie était de 202, 5mn. Ce résultat était similaire à ceux des autres auteurs [12, 13, 14]. Il n’y a pas eu de conversion dans notre série. Cela pourrait s’expliquer par la petite taille de notre effectif. Daniel K [12], Hooncho J [13] ont eu respectivement un taux de conversion de 9% et 3,2%. La colectomie par laparotomie est en général associée à une durée d’hospitalisation post opératoire de 6 à 11 jours [15, 16]. Dans notre série la durée d’hospitalisation moyenne était de 12,5 jours. Cette durée est supérieure à celles rapportées dans la littérature. Délai de reprise du transit intestinal et de l’alimentation est similaire à ceux des auteurs [12, 13, 14]. La voie cœlioscopique dans la colectomie, a une morbidité similaire ou légèrement diminuée par rapport à la laparotomie [15, 16]. Dans notre série le taux de complications était de 4%. Un taux qui reste en concordance avec ceux des autres auteurs ci-dessus (P>0,05).
Le « staging » des cancers a permis de préciser le diagnostic et d’éviter les laparotomies chez 4 malades présentant des pathologies au-delà de tout acte chirurgical conventionnel profitable. La cholécystectomie et l’appendicectomie sont les premières indications de cœliochirurgie [17, 18]. Ce sont les premières interventions dans un processus d’apprentissage de cœliochirurgie.
Le taux de conversion a été de 4,3% (2 cas) pour 46 malades opérés par cœliochirurgie. La marge de temps de 30 à 50 minutes a été respectée conformément au principe de base classique qui conseille l’agrandissement de la voie d’abord en cas de difficultés [20]. Les adhérences péritonéales solides et une panne technique ont été les causes de conversion.
Les accidents peropératoires étaient une lésion duodénale survenue au cours d’une hémi colectomie et une blessure de l’artère cystique survenue lors d’une cholecystectomie.
Une laparotomie a été pratiquée pour le traitement de la péritonite et de la perforation duodénale iatrogène ; la blessure de l’artère cystique a été traitée par électrocoagulation bipolaire.
Un défaut d’étanchéité de la bouteille de CO2 nous a une fois imposé la conversion.

CONCLUSION
Les principales indications de la cœliochirurgicale sont la lithiase vésiculaire et le cancer du côlon. Les complications ont été rares et les suites opératoires simples. La technique cœlio-chirurgicale est sûre, fiable et réalisable dans notre contexte d’exercice avec tous les avantages qu’elle comporte pour les malades et l’établissement hospitalier. La laparoscopie commence à rentrer dans nos habitudes ; elle s’étend même sur les cancers du côlon.

 

RÉFÉRENCES

1. Pallas G, Simon F, Chapuis O, Jancovici R. Inguinal hernia in Africa and laparoscopy: Utopia or realism ? Med trop (mars). 2000; 60 (4): 389-94.

2. Palmer.R. La place de la coeliochirurgie dans le diagnostic et le traitement de la stérilité et des grossesses ectopiques. Revue Fr.gyn.Obst., 1947,42,113-155.

3. Semm.K/Die Endoscopische appendektomie/Gyna.Kol.prax., 1983,7:26-30.

4. Mouret. Ph. La chirurgie coelioscopique: évolution ou révolution? Chirurgie: 1990;116: 829-833.

5. D Sangaré, M Camara, ZZ Sanogo et al. Cholécystectomie laparoscopique au Mali. État de la pratique à Bamako en 2012: 340 case-mémoires de l’Académie Nationale de Chirurgie, 2015, 14 (3) : 072-076.

6. Djanhan LE, Kouakou Kp, Doumbia Y, MéNIN MM, Anoh Bl, Djanhan Y. Bilan d’activite coelioscopique dans un hôpital secondaire. cas de l’hôpital Géneral d’Ayame (Côte d’ivoire). Rev int sc. méd.-RISM 2016 ; 18,1:31-34.

7. Willy. A: First steps of laparoscopic surgery in lubumbashi : problems encountered and preliminary result. Pan African Medical Journal 2015 ; 21:210.

8. Pg Bonkoungou, A Sanou, M Zida, E Ouangré, N Zongo, Ss Traoré. Indication et résultat de la chirurgie laparoscopique en pathologie digestive au Burkina Faso. A propos de 98 cas. AFR CHIR DIGEST 2013; VOL 13 (2) : 1505 – 1509

9. Shea Ja, Healey MJ, Berlin JA, Clarke JR, Malet PF,
Staroscik RN et Coll. Mortality and complications associated with laparoscopic cholecystectomy. A metaanalysis. Ann Sung 1996; 224 : 609-620.

10. Batra MS et Coll. Evancscent nitrous oxide pneumothorax after laparoscopy. Anaesth Analg 1983, 62:1121-1123.

11. Alves A, Perniceni T, Godeberge P, Mal F, Levy P, Gayet B. Laparoscopic Heller’s cardiomyotomy in achalasia. Is intra-opérative endoscopy Useful, and why? Sung Endoscopy 1999; 13: 600-603. FR CHIR DIGEST 2013 ; VOL13(2) :1505-1509

12. Daniel K. H. Tong, MBBS, MRCS, Wai Lun Law. Laparoscopic versus Open Right Hemicolectomy for Carcinoma of the Colon. JSLS (2007) 11:76–80.

13. Lohsiriwat V, Lohsiriwat D, Chinswangwatanakul V,and Lert-akyamanee N. Comparison of short-term outcomes between laparoscopically-assisted vs. transverse-incision open right hemicolectomy for right-sided colon cancer: a retrospective study. World Journal of Surgical Oncology 2007, 5:49.

14. Jung H Ch, Dae R L, Hyuk H, Byung S M, Seung H B. Oncologic Outcomes of a Laparoscopic Right Hemicolectomy for Colon Cancer: Results of a 3-Year Follow-up . J Korean Soc Coloproctol 2012;28(1):42-48.

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18. TH. Roumeguere, R. Bollens, TH. Quackels, M. Vanden Bossche, A.R. Zlotta et C.C. Schulman. Laparoscopy and urology. Rev Med Brux 2003; 24: 400-7

19. Gabbot DA et Coll. Carbon dioxide pneumothorax occurring during laparotomic cholecystectomy. Anaesth 1992, 47:587-588.

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