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J AFR CHIR DIGEST 2020; VOL 20(2) : 3101 – 3105

ISSN: 2415 – 2307

LES ABDOMENS AIGUS CHIRURGICAUX NON TRAUMATIQUES CHEZ L’ADULTE AU CENTRE HOSPITALIER UNIVERSITAIRE SOURO SANOU (CHUSS) DE BOBO-DIOULASSO : A PROPOS D’UNE SERIE DE 675 CAS

NON-TRAUMATIC ACUTE SURGICAL ABDOMEN IN ADULTS AT THE SOURO SANOU UNIVERSITY TEACHING HOSPITAL IN BOBO DIOULASSO: ABOUT 675 CASES.

C ZARE1, GLH BELEMLILGA1, RP BINYOM2, O DIALLO1, N YABRE1, N KEITA1, BG SANON1, OR SOME1, IA TRAORE2

1Service de Chirurgie générale et viscérale, CHU Sourô Sanou, Bobo-Dioulasso, Burkina Faso1
2Service de chirurgie générale et cancérologie des Polycliniques Innova de Yaoundé, Chargé des Cours à l’ISTM – Université de Douala, Cameroun

Dr ZARE Cyprien chirurgien généraliste au Centre Hospitalier Universitaire Sourô Sanou (CHUSS) Bobo-Dioulasso.
Tel 0022670089187, Email : zcyprien@yahoo.fr

 

INTRODUCTION
Les abdomens aigus sont parmi les urgences médico-chirurgicales les plus fréquentes [1,2]. Les abdomens aigus chirurgicaux (AAC) ont représenté respectivement 62%, et 49,3% des interventions chirurgicales en urgence selon Harouna et Kambiré [3,4] . Ils sont regroupés selon leur circonstance de survenue en abdomens aigus chirurgicaux traumatiques et non traumatiques. Dans une précédente étude à Bobo-Dioulasso les causes non traumatiques étaient majoritaires avec une proportion de 92,7% [5] . Les abdomens aigus chirurgicaux non traumatiques (AACNT) ont des étiologies diverses : infectieuse, inflammatoire, occlusive, vasculaire [1] . Leur diagnostic constitue un véritable challenge, avec une prise en charge multidisciplinaire, et une mortalité très élevée pour certaines étiologies [6]. Beaucoup d’études portent sur les abdomens aigus en générale, mais peu d’études portent spécifiquement sur les abdomens aigus chirurgicaux non traumatiques. Le but de cette étude était de préciser les aspects sociodémographiques, diagnostiques et thérapeutiques des AACNT.

PATIENTS ET METHODE
Il s’est agi d’une étude transversale descriptive à collecte rétrospective sur deux ans, réalisée entre le 1ier janvier 2018 et le 31 décembre 2019 au Centre hospitalier universitaire Sourô Sanou (CHUSS) de Bobo-Dioulasso. La population d’étude était composée des patients admis aux urgences chirurgicales. Ont été inclus tous les patients âgés de plus de 15 ans opérés pour AACNT et ayant un dossier clinique complet. Les variables étudiées étaient : les données sociodémographiques, les paramètres cliniques, paracliniques, thérapeutiques, les étiologies.

RESULTATS
Au cours de la période d’étude, 3428 patients ont été admis en urgence en chirurgie générale et digestive, et 1160 ont été opérés. Les AAC étaient au nombre de 736. Parmi ceux-ci, il y’avait 675 cas d’AACNT, représentant 19,7% des admissions et 58,2% des interventions en urgence. Il y’avait 61 cas d’AAC traumatiques. L’âge moyen des patients était de 36 ans avec des extrêmes de 16 et 90 ans. Dans notre série 498 (73,8%) patients étaient de sexe masculin et 177 (26,2%) de sexe féminin, soit un sexe ratio de 2,8. La durée d’évolution de la symptomatologie était supérieure ou égale à 72 heures chez 477 (70,7%) patients. Les signes fonctionnels étaient ainsi répartis : la douleur abdominale chez 675 (100%) patients, les nausées et/ou vomissements chez 420 (62,2%) patients, l’arrêt des matières et/ou des gaz chez 302 (44,7%) patients. Les signes généraux étaient ainsi répartis : l’hyperthermie chez 149 (22,1%) patients, le choc chez 55 (8,1%) patients. La répartition des principaux signes physiques était : une douleur provoquée chez 149 (22,1%) patients, une défense abdominale chez 454 (67,2%) patients, une contracture abdominale chez 197 (29,2%) patients, un épanchement liquidien abdominal chez 10 (1,5%) patients, un météorisme abdominal chez 407 (60,3%) patients, une éviscération chez 15 (2,2%) patients, une tuméfaction douloureuse de la paroi abdominale chez 40 (5,9%) patients. La NFS, la créatininémie et la glycémie étaient réalisées chez tous les patients. Une hyperleucocytose était présente chez 405 (60%) patients, et une insuffisance rénale fonctionnelle chez 80 (11,8%) patients. L’ASP, l’échographie et la TDM ont été réalisés respectivement chez 497 (73,6%), 276 (40,9%) et 14 (2,1%) patients. Une laparotomie a été réalisée chez tous les patients après une réanimation. Les principales étiologies étaient : les péritonites aigues chez 298 (44,1%) patients, les appendicites aigues chez 139 (20,6%) patients, les occlusions intestinales aigues chez 138 (20,4%) patients. Le tableau I présente la répartition des patients selon les étiologies. Le geste chirurgical était fonction de l’étiologie retrouvée en per-opératoire. Les complications postopératoires étaient présentes chez 72 (10,7%) patients. Il s’agissait de suppuration pariétale chez 47 (7%) patients, de péritonite post-opératoire chez 24 (3,5%) patients, de sepsis chez cinq patients, d’occlusion intestinale postopératoire chez cinq patients, de fistules digestives chez trois patients, d’hémopéritoine chez un patient, d’embolie pulmonaire chez un patient. Vingt-quatre décès ont été enregistrés, soit une mortalité post-opératoire de 3,5 %. Il s’agissait de 10 cas de décès suite à une occlusion intestinale aiguë, 8 cas suite à une péritonite aigue, 2 cas suite à un hémopéritoine, 2 cas par infarctus mésentérique, 1 cas par appendicite aigue, 1 par hernie étranglée. Le séjour hospitalier moyen était de 6,9 jours avec des extrêmes de 1 et 34 jours.

DISCUSSION
Les AACNT constituent la principale indication opératoire en urgence en chirurgie digestive [2,3,7–9] . Elles représentaient un cinquième des admissions en urgence et plus de la moitié des interventions chirurgicales en urgence dans notre étude. Selon Attipou et Hagos [10,11] les AACNT représentaient respectivement 54,24% et 30,2% des interventions chirurgicales en urgence. Dans notre étude les AACNT étaient plus fréquentes chez l’adulte jeune de sexe masculin. Attipou et Hagos rapportaient un âge moyen de 32 et 31,5 ans, un sex-ratio de 1,8 et 4,1 [10,11] . Ces aspects socio-démographiques sont communs aux abdomens aigus chirurgicaux en Afrique qu’ils soient  traumatiques ou non traumatiques [7,9,10] . La jeunesse de la population en Afrique [2,12] , et notamment au Burkina Faso où 70% de la population est âgée de moins de 30 ans [13] explique ces faits. La prédominance masculine pour Magagi est en partie liée à la prise en charge des abdomens aigus gynécologiques dans le service de gynécologie [9] . Elle pourrait être aussi le reflet selon nous d’une inégalité dans l’accès aux soins de santé selon le genre.
La douleur abdominale, symptôme principal des urgences chirurgicale abdominales non traumatiques [10,11] était un symptôme constant dans notre série. Les autres signes sont rencontrés à des fréquences variables et reflètent la multitude des étiologies. Certains syndromes caractéristiques étaient présents. La présence de signes d’irritation péritonéale, d’un syndrome occlusif, d’une tuméfaction pariétale douloureuse et irréductible permet le diagnostic clinique de pathologies telles que la péritonite aigue, l’appendicite, l’occlusion intestinale aiguë, la hernie étranglée. Ces sont les premières causes d’AACNT dans notre série. Le bilan biologique en urgence était minimal dans notre série. Des examens utiles à l’exploration des douleurs abdominales tels que le dosage des enzymes hépatiques, pancréatiques, des beta-hCG, de la CRP [1] ne sont pas disponibles en urgence. Le recours aux examens d’imagerie était souvent indispensable. La radiographie de l’ASP était l’examen le plus réalisé, l’échographie et la TDM étant d’un usage plus réduit. Dans d’autre séries africaines la TDM était cependant plus utilisée [8] . Dans notre contexte de pauvreté, le diagnostic clinique doit être privilégié, et la prescription des examens paracliniques rationnelle et réservées électivement aux tableaux douteux.
Dans notre étude les infections intra-abdominales étaient les plus fréquentes. En effet les péritonites aigues et les appendicites aigues étaient les deux premières causes d’AACNT. Hagos [10] et Attipou [11] retrouvaient comme première cause les appendicites aigues et Wade [14] les occlusions intestinales aigues. En dehors de ces trois pathologies les hernies étranglées sont une autre cause fréquente en Afrique [10,11,14] . Les affections des voies biliaires étaient plus rare qu’en occident [15] . La forte proportion des péritonites aigues dans notre série pourrait être due à plusieurs facteurs. D’abord la prévention insuffisante de la maladie ulcéreuse : automédication (notamment les AINS), consommation des aliments gastro-agressifs (tabac, alcool, épices). Ensuite le diagnostic et le traitement inadéquat de la maladie ulcéreuse gastroduodénale. Ceci a pour conséquence de favoriser les perforations gastriques et duodénales, première cause des PAG dans notre étude. Quant aux occlusions intestinales elles avaient pour principales étiologies, les brides et le volvulus du colon sigmoïde. Les occlusions sur brides sont la conséquence imprévisible de la multiplication des laparotomies. Quant au volvulus, elle est une des principales causes d’occlusion intestinale chez l’adulte en Afrique liée à une prédisposition anatomique [9,10,16,17] . Enfin la consultation tardive fait que la pathologie herniaire fréquente dans notre contexte, est le plus souvent prise en charge en urgence lors d’un étranglement.
Tous les patients ont été traités par laparotomie. La laparoscopie qui a un intérêt pour certaines indications a été utilisée par Wade pour les cholécystectomies [14] . La morbidité postopératoire était dominée par les suppurations pariétales comme l’a retrouvé Hagos et Attipou [10,11] . Les péritonites postopératoires occupaient le deuxième rang des complications. Les infections du site opératoire superficiel et profond peuvent s’expliquer par les étiologies infectieuses des AACNT dans notre contexte. La mortalité était proche de celle d’Attipou mais inférieure à celle de Hagos [10,11] . Cette mortalité semble relativement faible et pourrait s’expliquer par un biais de sélection lié au caractère rétrospectif de notre étude. Les occlusions intestinales aiguës et les péritonites aiguës étaient les premières causes de décès. L’infarctus entéro-mésentériques avait une mortalité de 100%. La létalité de ces affections est liée à leur gravité. Elles exigent une prise en charge chirurgicale précoce encadrée par la réanimation. Le retard à la consultation observée dans notre étude est associé à cette mortalité.

CONCLUSION
Les AACNT sont courantes en chirurgie digestive. Ils ont concerné surtout l’adulte jeune de sexe masculin. L’examen clinique bien conduit est la clef du diagnostic dans notre contexte. Le retard dans la prise en charge continue de nos jours encore à maintenir la morbidité et la mortalité à des taux importants. La lutte pour l’amélioration pronostique de l’urgence chirurgicale abdominale non traumatique passera certainement par une réduction du délai diagnostique par une sensibilisation des populations à la consultation précoce. La prévention et la prise en charge précoce de la maladie ulcéreuse gastroduodénale, de la fièvre typhoïde, le traitement précoce des hernies pariétales, contribuerait à réduire l’incidence des AACNT.

 

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LES ABDOMENS AIGUS CHIRURGICAUX NON TRAUMATIQUES CHEZ L’ADULTE AU CENTRE HOSPITALIER UNIVERSITAIRE SOURO SANOU (CHUSS) DE BOBO-DIOULASSO A PROPOS D’UNE SERIE DE 675 CAS

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