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J AFR CHIR DIGEST 2020; VOL 20(2) : 3097 – 3100

ISSN: 2415 – 2307

URGENCES CHIRURGICALES DIGESTIVES À L’HÔPITAL RÉGIONAL DE TOMBOUCTOU/MALI.

DIGESTIVE SURGICAL EMERGENCIES AT THE TIMBUKTU REGIONAL HOSPITAL IN MALI.

S SANOGO1, D TRAORÉ1, 2, , B TOGOLA1,2 , B BENGALY1, 2 ,, M COULIBALY4, O ONGOÏBA3 , M SAMBER3 , D OUATTARA1, B COULIBALY1, 2, BA BABOU1, 2,,S DIALLO1, N ONGOIBA1, 2

1. Chirurgie B, CHU Point G, Bamako, Mali.
2. Faculté de médecine de l’USTTB, Bamako, Mali,
3. Hôpital Régional de Tombouctou, Mali.
4. Hôpital Régional de Koutiala,Mali.

Sanogo Souleymane CHU Point G Bamako/Mali, BP : 333 Email :sanogosouleymane23@yahoo.fr ou ssanogo93@gmail.com.

 

INTRODUCTION
Les urgences chirurgicales représentent selon Mondor, les affections qui pour la plupart, faute d’une intervention chirurgicale obtenue sans délai, font succomber les malades en quelques heures ou en peu de jours [1]. Au CHU Souro Sanou de Bobo-Dioulasso, 82,3% des interventions en chirurgie générale et digestive sont réalisées en urgence. La majorité de ces interventions sont réalisées pour un abdomen chirurgical aigue comme dans plusieurs autres pays d’Afrique subsaharienne [2]. Les considérations culturelles et socio-économiques expliquent en grande partie le retard dans la prise en charge à l’origine d’une morbidité et d’une mortalité élevées [3].
Le but était d’étudier la fréquence, l’étiologie et évaluer les suites opératoires des urgences chirurgicales digestives à l’hôpital de Tombouctou.

PATIENTS ET MÉTHODES
Nous avons réalisé une étude rétrospective descriptive du 1er Avril 2012 au 31 Décembre 2016 (56 mois), portant sur les patients reçus et opérés en urgence dans le service de chirurgie digestive à l’hôpital Régional de Tombouctou.
Nous n’avons pas retenu les patients dont les dossiers étaient inexploitables. Les données ont été collectées sur des fiches d’enquête grâce aux dossiers des patients et les registres du bloc opératoire. La saisie et le traitement des données ont été réalisés avec les logiciels Microsoft Word, Excel et SPSS version 21. Le test de Khi2, de Yates et de Fisher exact pour la comparaison des variables qualitatives (suivant leurs conditions d’application). Le test de Student pour les variables continues, la taille de l’échantillon étant supérieur à 30. L’indication opératoire était posée selon la clinique en l’absence d’examens biologique et radiologique. La prise en charge était gratuite, et assurée par Médecin Sans Frontière France (MSF-F). Les variables étudiées étaient : La fréquence, les données sociodémographiques, le délai de consultation, les signes cliniques, l’indication opératoire, les étiologies, les suites opératoires.

RÉSULTATS
Sur 1530 opéré en urgences, 334 étaient digestives soit 22,4%. L’âge moyen était
24 ans avec un écart-type de 13,7. Les femmes représentaient 66 % des cas (n=220) et 44% pour les hommes (n=114). Le sex ratio était de 0,52. Le délai moyen de consultation était de 4,3 jours. La douleur abdominale était le signe fonctionnel le plus fréquent avec 94,6% des cas (Tableau I). La douleur abdominale était présente dans 94,6% (n=316), une défense dans 31,4% (n=105), (Tableau II). La péritonite aigue était l’indication opératoire la plus fréquente 33,4% (n=115), suivi de l’occlusion intestinale 31,7% (n=109), l’appendicite aigue 25,3% (n=87), le traumatisme abdominal 1,7% (n= 6). Les autres 5,1% des cas (n= 17) étaient représentés par la thrombose hémorroïdaire 3,9% (n=13), l’abcès anal 0,6% (n=2), un prolapsus rectal irréductible 0,3% (n=1) et une plaie périnéale par encornement 0,3% (n=1) (Tableau III). En per opératoire l’étiologie de la péritonite était dominée par les complications appendiculaires 16,5%(n=55) suivi de la perforation iléale 9,6%(n=32). L’origine gynécologique était trouvée dans 2,9% des cas (n=10), la perforation bulbaire 2,9%(n=10), la perforation gastrique traumatique 1,2%(n=4), l’abcès du foie rompu 1,2%(n=4). L’occlusion en per opératoire était due à une hernie étranglée dans 23,4%(n=78), une bride était trouvée dans 3,6 %(n=12), un volvulus du sigmoïde dans 2,9%(n=10), une invagination intestinale dans 2,4%(n=8), une ischémie mésentérique dans 0,9%(n=1) [Tableau IV].
.Les suites étaient simples dans 88%(n=294), le taux de morbidité était de 8,1% (n=27). L’infection du site opératoire était la principale complication avec 5,1%(n=17), suivi de la péritonite post opératoire et de la fistule digestive avec respectivement 2,1% (n=7) et 0,9% (n=3). La désunion de suture était la principale cause des péritonites post opératoires 0,9%(3), suivi de l’insuffisance de toilette lors de la première intervention 0,5%(2), et la nécrose de moignon 0,5(2). Tous les cas de péritonites post opératoires ont été réopérés associé à une triple antibiothérapie. Nous avons utilisé l’association céfazoline, métronidazol et gentamicine. Trois patients sont décédés en post opératoire immédiat. Un autre a présenté une éviscération et décédé par la suite. Les trois autres sont sortis guéris. Parmi les 3 cas de fistules, deux ont été réopéré et le 3ème est décédé. Nous avons enregistré 13 cas de décès soit 3,9%. Nous avons retenu comme cause probable de ces décès, un choc septique dans 1,5%(n=5), une dénutrition sévère dans 1,2%(n=4), une défaillance multi-viscérale dans 0,6(n=2), un choc hémorragique dans 0,6%(n=2).

DISCUSSION
Nous avons réalisé une étude rétrospective descriptive du 1er Avril 2012 au 31 Décembre. Il est à noter que cette période a coïncidé avec l’occupation des trois régions du nord du Mali dont Tombouctou, Gao et Kidal par les groupes terroristes. Entrainant l’abandon des structures de santé par le personnel de l’état et un pillage de tout le matériel. Ce qui a valu l’intervention des humanitaires comme Médecin Sans Frontière pour venir en aide à la population rester sur place.
Plusieurs études africaines ont montré que les urgences chirurgicales digestives occupaient une part importante de l’activité de chirurgie digestive [4-6].
Dans notre série les urgences digestives ont représenté 22,4% des interventions chirurgicales en urgence. Notre population d’étude était jeune avec un âge moyen de 24 ans ±13,7. Cette moyenne d’âge concorde avec celle rapportée dans d’autres séries africaines [4,5].Ce qui pourrait s’expliqué par la proportion élevée de la population jeune dans nos pays en voie de développement. Les femmes représentaient 66% de nos patients. Contrairement à notre cas, le sexe masculin était plus représenté dans les séries de Ngowe Ngowe M et coll [7] et O. Barbier [8]. Cette faible proportion masculine dans notre série pourrait être liée au fait que les abdomens chirurgicaux d’origine gynécologique étaient aussi pris en charge dans le service de chirurgie digestive. Le délai moyen de consultation dans notre étude était de 4,3 jours. Ce même délai de 4jours était trouvé dans l’étude de Samah S.A. et al [3].Un long délai de consultation est habituellement observé dans les séries africaines du fait des croyances culturelles, mais surtout du fait des problèmes socio-économiques [9,10].
Dans notre travail la douleur abdominale était le signe fonctionnel le plus fréquent. Ce qui corrobore avec les données de la littérature [4,5,11]. La prédominance de la douleur abdominale dans notre série pourrait être dû au fait que la douleur abdominale est le signe révélateur des urgences digestives.
Dans notre série comme dans celle de Samah [3] et d’Attipou et al [12], l’appendicite aiguë et ses complications étaient la première cause des urgences chirurgicales abdominales. Cependant dans d’autres séries africaines, l’occlusion intestinale serait la première cause d’abdomen aigue chirurgical [4,13]. La cause des péritonites étaient liée à une complication appendiculaire dans la majorité de nos cas suivi de la perforation typhique probable. Dans la littérature, les péritonites aiguës généralisées seraient dues à une complication de l’appendicite aigue, une maladie ulcéreuse gastroduodénale et de la fièvre typhoïde [3,14].Cette prédominance de la péritonite appendiculaire pourrait être liée au long délai de consultation.
La hernie étranglée, les brides, le volvulus étaient les principales étiologies de l’occlusion dans notre série. Dans la série de Samah au Sénégal [3], les brides et le volvulus du colon pelvien étaient les principales causes d’occlusion, par contre aucun cas de hernie n’avait été trouvé dans leur série.
L’appendicectomie était le geste le plus effectué avec 42,5% (n=142). La prédominance de l’appendicectomie comme geste chirurgical a été aussi rapporté par certains auteurs dans la sous-région [3,4].
La principale complication post opératoire était la suppuration pariétale Harissou A et col [14] avaient trouvé un taux de suppuration pariétal plus élevé que celui de notre série. Nous avons enregistré un taux de mortalité de 8,1%. Ce même taux (8,1%) avait été rapporté par Ngowe Ngowe M et col [7]. Au Niger Harissou A et col [14] avait trouvé 12%. Notre faible taux de mortalité pourrait s’expliquer par le fait que tous nos patients ont été prise en charge gratuitement,de ce fait la prise en charge d’aucun patient n’a été retardé pour faute de moyen financier.

CONCLUSION
Les urgences chirurgicales ont occupé une grande partie de l’activité chirurgicale de l’hôpital de Tombouctou. Le retard de consultation et l’absence d’examen radiologique et biologique sont des facteurs qui ont contribué au retard de diagnostic et à augmenter la morbi-mortalité.

 

RÉFÉRENCES

1-Mondor H. Diagnostics urgents (Paris) Masson 1965 : 1119.

2-Zaré C., Belemlilga H., Ouangre E., Zida M., Sanon B. G., Barro D., Yabre N., Traore S., Aspects épidémiologiques, étiologiques, thérapeutiques et évolutifs des abdomens chirurgicaux aigus opérés à l’hôpital universitaire de Bobo-Dioulasso. Scienc Chirurg ,Janv 2018, 9(1) :1-7

3-Soumah SA1, Ba PA, Diallo-Owono FK, Toure CT.Les abdomens aigus chirurgicaux en milieu africain: étude d’une série de 88 cas à l’hôpital Saint Jean de Dieu de Thiès. Sénégal. Bull Med Owendo 2011; 13(37): 13-16.

4-Tendeng1 ,J.N., Ndong1 A., Diao1 M.L. ,Sagna² A., Diendjou² M., Dieng3 M., Manyacka1P.M., Konaté1 I.Prise en charge des urgences chirurgicales digestives :Etude prospective à propos de 118 cas. Journal Africain de Chirurgie Décembre 2018; 5(2): 92 – 10.

5-Magagi I.A, Adamou H, Habou O, Magagi A, Halidou M, Ganiou K. Urgences chirurgicales digestives en Afrique subsaharienne: étude prospective d’une série de 622 patients à l’Hôpital national de Zinder, Niger. Bull Société Pathol Exot 2017;110(3):191–197.

6-Rasamoelina N., Rajaobelison T., Ralahy M.F., Riel A.M., Rabarijaona M., Solofomalala G.D., et al. Facteurs de mortalité par les urgences digestives dans le service de réanimation du CHU de Fianarantsoa Madagascar. Rev Afr Anesth Réa Urg. 2010;2(2):10–11.

7-Ngowe Ngowe M., Mboudou E., Ngo-Nonga B., Mouafo Tambo F., Ze Minkande J., Bahebeck J. Sosso A.M. La mortalité hospitalière des urgences chirurgicales de l’adulte à Yaoundé.Rev. Afr. Chir. spec. 2009 Vol. 003 N° 005 Jan-Avr: 5-8.

8- Barbier O., Malgras B., Racled M., Pasquiere P., Polycarpe A., : Bilan de l’antenne chirurgicale implantée à Gao (Mali), Au cours de l’opération « serval ». Médecine et armées 2017, (4)429-434.

9-Dieng M, Ndiaye A, Ka O., Konaté I., Dia A., et al. Aspects étiologiques et thérapeutiques des péritonites aigues généralisées d’origine digestive. Une série de 207 cas opérés en cinq ans. Mali Médical 2006 ; 21(4) : 47-51.

10-Harouna, Y., Ali, L., Seibou, A., Abdou, I., Gamatie, Y., Rakotomalala, J., et al. Deux ans de chirurgie digestive d’urgence à l’hôpital national de Niamey (Niger). Etude analytique et pronostique. Médecine d’Afrique Noire, 48, 49-54.

11-Azabali M., Lehumadja T., Woto O., Kitoko A., Longombe A. O., Ngandu N.W., W’Ifongo W. Evaluation des paramètres clinniques et biologiques associés aux complications chez les opérés de l’abdomen aux cliniques universitaires de Kisangani. Revue Médicale des Grands Lacs, Juin 2019 ,10(2) :28-32

12-Attipou K., Kanassoua K., Dosseh D. Urgences chirurgicales abdominales non traumatiques de l’adulte au CHU Todoin de Lomé (Bilan de 5années). Journal de la Recherche Scientifique de l’Université de Lomé 2005 ; 7 (2) : 28-31

13-Zelalem A. Parttern of acute abdomen in Yirgalem Hôpital, Southern Ethiopia. Ethiop Med J 2000; 38: 227233.

14-Harissou A., Ibrahim A.M.M., Oumarou H., Mansour A., Amadou M., Ousseni E.A., et al. Retard diagnostique et implication pronostique en milieu africain. Cas des urgences en chirurgie digestive à l’hôpital national de zinder, Niger. Eur Sci Journal avr 2015 11(12) :252-262.

URGENCES CHIRURGICALES DIGESTIVES À L’HÔPITAL RÉGIONAL DE TOMBOUCTOU MALI

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